Charles Charronnet, premier chartiste à la tête des Archives des Hautes-Alpes

Du 23/02/2021 au 30/04/2021

À l'occasion du bicentenaire de l'École des Chartes, nous vous présentons le premier "chartiste" des Hautes-Alpes.

Fondée le 22 février 1821 sur une ordonnance de Louis XVIII « pour assurer la transmission des savoirs indispensables à la recherche et à la lecture des documents manuscrits anciens », l’École nationale des chartes forme depuis deux siècles des professionnels des sciences auxiliaires de l’histoire, spécialisés dans l’étude des sources et la conservation du patrimoine.

 

Les élèves de cette grande école d’excellence, appelés « chartistes », se voient délivrer le diplôme d’archiviste paléographe à l’issue de leur scolarité et de leur thèse. Ils exercent ensuite principalement comme conservateurs du patrimoine, conservateurs de bibliothèque, chercheurs ou enseignants-chercheurs. Après la création de l’École, les services d’archives départementales, créés dans chaque département par la loi du 5 brumaire an V (26 octobre 1796), sont progressivement placés sous la direction d’archivistes paléographes.

 

Dans les Hautes-Alpes, c’est seulement en 1852, avec la nomination de Charles Charronnet, qu’un « chartiste » diplômé de l’École des chartes prend la tête du service des archives départementales. Lorsqu’il arrive à Gap, le poste est vacant depuis deux ans. Son prédécesseur, M. Roubaud, ancien chef de bureau de la préfecture nommé archiviste en 1840, est à la retraite, et deux archivistes paléographes ont décliné la proposition de prendre ce poste.

 

Charles Charronnet est nommé dans les Hautes-Alpes le 16 janvier 1852 à l’âge de 23 ans. Son arrivée coïncide avec le changement du lieu de conservation des archives. Au mois d’août de cette même année, les archives sont en effet transportées des combles de la préfecture vers un local situé au rez-de-chaussée, comprenant trois pièces spacieuses, « bien aérées » et accessibles au public. Il va entreprendre un certain nombre de travaux : classement de fonds, recherches et publications.

 

Ses recherches historiques se portent surtout sur l’histoire religieuse, notamment celle des chartreuses de Durbon et de Berthaud, sujets sur lesquels il publie une série de documents dans la Bibliothèque de l’école des chartes en 1854. Avec un ton de plume humoristique qui caractérise bien souvent ses écrits, il introduit d’un trait incisif sa présentation : « Les archives de Gap, très imparfaitement connues, surtout des gens du pays, ont cependant une certaine importance ».

 

Il s’intéresse également aux sociétés savantes du département, livrant dans une notice parue dans L’écho du Dauphiné, quelques-unes de ses impressions sur le département et les Haut-alpins. Il publie surtout en 1861, un ouvrage sur Les guerres de religion et la société protestante dans les Hautes-Alpes, présentant dans l’introduction, sa démarche historique et affirmant ses convictions sur l’intérêt des archives locales « assises […] de notre histoire nationale » : « Il faut que toutes les archives soient fouillées, soient accessibles à tous, il faut que paraissent à la lumière du jour les annales de toutes nos cités avant que puisse être écrite une véritable et complète histoire de France. »

 

Sans doute aurait-il largement contribué à la connaissance des archives et de l’histoire locale, mais il meurt prématurément à Gap en 1863, à l’âge de 34 ans.

 

Le saviez-vous ?  La Bibliothèque de l’École des chartes, revue scientifique fondée en 1839 et éditée par la Société de l’École des chartes (à raison de 2 volumes par an), est consultable en salle de lecture des Archives départementales (conservée sous la cote 8° Per 53 dans notre bibliothèque). La BÉC est également consultable en ligne sur le portail Persee.fr