En 1873, Aristide Albert (1821-1903) publie L'héroïne du Queyras, épisode de la guerre dans les Alpes en 1792. L'auteur briançonnais dresse un récit historique très réaliste mettant en scène une femme, Marguerite Eyméoud. Il explique comment cette veuve, habitante de Costeroux, hameau de Molines-en-Queyras, parvient à convaincre la population de la vallée du Guil de prendre les armes contre les Piémontais, qui régulièrement passaient la frontière pour les attaquer et piller leurs biens. Lors d’un ultime affrontement, notre héroïne succombe après avoir été touchée par une balle ennemie en pleine poitrine.
Fiction réaliste ou récit historique ?
L'existence de Marguerite Eyméoud a longtemps été débattue par les historiens, l’auteur ayant laissé planer le doute. À ce jour, nous n’avons pas retrouvé la trace de Marguerite, ou des autres protagonistes de ce récit, aux Archives départementales des Hautes-Alpes. Aucun acte paroissial ou d’état civil et aucune trace dans les archives révolutionnaires ou les fonds des communautés de la vallée du Queyras ne mentionnent Marguerite Eyméoud.
Autre source explorée : les transitons. Dans la région du Queyras, le mot "transiton" désigne à l'origine un chemin rural ouvert à travers les terres pour enlever les récoltes, avant de désigner le document qui contient la liste de ces chemins. Mais on trouve aussi dans ces documents originaux, transmis de père en fils, des notes sur les événements marquants, du XVIe au XIXe siècle. Deux transitons pour Molines-en-Queyras sont conservés aux Archives (cotes E 549 et F 1802). Si les incursions piémontaises de 1792 sont mentionnées à plusieurs reprises, Marguerite n’apparaît jamais dans ces récits.
L'héroïne du Queyras : invention, inspiration et commémoration
Quelles sont alors les motivations et modèles de l'écrivain qui a (re)donné vie à Marguerite Eyméoud ? Fervent républicain, humilié par la défaite de la France face à la Prusse en 1870, Aristide Albert a peut-être voulu donner au Queyras une figure d'amazone, dans un esprit de revanche patriotique. Il aussi pu s'inspirer de la figure de Philis de La Charce, héroïne du Dauphiné historiquement attestée, connue pour sa résistance lors de l’invasion des troupes du duc de Savoie en 1692.
Quoi qu’il en soit, en août 1962, le syndicat d’initiative du Queyras, à l’initiative du préfet honoraire Clément Vasserot, fit apposer en hommage à Marguerite Eyméoud un médaillon de bronze représentant le profil d’une Queyrassine sur un rocher imposant, dit rocher d’Hannibal, sur la route qui conduit au col Agnel.
La publication d’Aristide Albert est disponible en ligne. Cliquez ici pour vous faire votre propre opinion et mener l’enquête !
La salle de lecture est ouverte au public uniquement sur réservation préalable. Pour connaître les modalités d’accès et réserver votre place, cliquez ici. En raison des travaux de réhabilitation-extension sur le site de Gap des Archives départementales, la communication de certains fonds des Archives est suspendue jusqu'au début du mois de mai. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée.
Illustration : Première page du récit d'Aristide Albert, 1873 (Arch. dép. des Hautes-Alpes, 8° pièce 786)La salle de lecture est ouverte uniquement sur réservation préalable. Réservez votre place
Attention : en raison de travaux, la communication de certains fonds des Archives est suspendue jusqu'au 1er mai 2023.